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Vendredi 7 octobre 2011 5 07 /10 /Oct /2011 18:18

Lundi soir j'étais invité par les éditions Folio à assister à une soirée dans un bar parisien, à partir de 18h00, afin de discuter de leur catalogue pour l'année à venir. Je ne savais pas trop ce que j'allais leur dire, "ah, ouais, vous sortez en poche ce qui est paru chez Série Noire, c'est cool les gars."

 

Comme je finissais le boulot à 18h00, je suis arrivé là-bas à 19h00. C'était au premier étage du bar, plutôt classe, et une nana lisait un texte. Je trouve que la lecture de texte est un exercice délicat et franchement pas facile : on a toujours l'air d'un con. Il suffit de regarder Direct 8 à partir de 4h00 du matin (une femme en robe de soirée lit du Maupassant) ou le slog de Marc Levy pour s'en convaincre (il lit avec émotion des passages de ses propres livres, émotion due à la découverte du texte je crois).

 

Je me suis installé discrétement au fond, à une table vide de persone mais déjà servie : trois assiettes pleine de saumon fumée, de pommes de terre, de jambon de pays et de beignets de calamar, accompagnées par trois kirs.

 

J'ai entamé mon kir quand la nana finissait son texte et que tout le monde applaudissait poliment, les directeurs de publication nous enjoignant à commencer la collation et à ne pas hésiter à les solliciter.

 

Alors j'ai fini l'assiette devant moi.

 

Et puis une serveuse est arrivée et m'a donné une autre assiette pleine.

 

"Y en a plein, faut tout finir monsieur."

 

Alors j'ai fini cettte seconde assiette, et comme j'étais lancé, j'ai mangé toutes celles qu'il y avait à ma table (je n'ai laissé que les beignets de calamar, c'est vite écoeurant, et froid c'est moins bon) et je me suis rincé avec tous les kirs.

 

Comme la serveuse ne revenait pas, j'ai demandé à un mec de la table voisine si je pouvais me joindre à eux car je me sentais con à boire tout seul à ma table.

 

"Mais pas de problême!"

 

Son enthousiasme m'a surpris au début, mais j'ai vite compris pourquoi : un des gars de la table monopolisait la conversation en racontant comment c'était un winner qui allait faire venir plein d'auteur dédicacer dans son Virgin.

 

"Le Directeur est venu me voir et m'a dit : Mec, ce magasin, il faut le faire vivre. Le faire vivre. T'as carte blanche."

 

Comme si un directeur de magasin sollicitait les vendeurs. Comme si le Virgin des Champs Elysées avait besoin qu'on le fasse vivre. N'importe quoi.

 

Alors j'ai mangé le contenu d'une assiette, toujours en laissant les calamars de côté, et je me suis mis au rouge, pour changer. C'était Pascal, le directeur de la collection Folio SF, qui m'avait servi. Comme je suis poli, je n'ai pas décliné l'offre. Quel mec sympa!Il se rappelait de moi, on s'était vu en début d'année dans les locaux bien classe de Gallimard. Il m'a demandé si j'avais mon sac et mon programme, ce qui n'était pas le cas, alors il a appelé la chargé de communication qui m'a filé deux bouquins et du faux scotch de scène de crime, pour décorer mon appartement avec classe.

 

Dès qu'il a eu le dos tourné, j'ai englouti mon verre et je suis parti, de la démarche rapide et légèrement bancale de l'homme qui a trop bu mais veut prouver au monde que non, tout va bien, il assure.

Par Kolia - Publié dans : le quotidien tumultueux de The Great Mustache
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