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la moustache du jour

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le quotidien tumultueux de The Great Mustache

Mardi 14 juin 2005

J'ai envie de me laisser pousser les pattes. Pas mes jambes hein : cela fait plus de vingt ans maintenant que je les entretiens et les fais grandir, et je me dois me rendre à une certaine évidence, ma puberté est achevée et je ne pense pas qu'elles auront l'occasion d'aller plus haut. Non, quand je parle des pattes, je veux dire favoris, ces poils de barbe au bord des joues qui rejoignent les cheveux sans même qu'on s'en aperçoivent, comme en ont les cowboys et les flics des années 70 dans les films américains. Je précise bien les films, car dans les séries américaines, les cowboys sont propres, bien rasés et leurs cheveux flottent au vent. Bref, ce que je désire me laisser pousser, c'est quelque chose de très classe qui fait frémir les femmes et leur fait dire : "cet homme assume son look, il sait où il veut aller, je le désire."

Mais voilà, à un âge où la plupart des hommes et une poignée de femmes se rasent aux moins une fois par jour,,je ne m'adonne à cette joie sanitaire qu'une fois par semaine. Pas par négligence ou par manque de temps, non non, juste par nécessité. Et encore, je peux rester sans me raser pendant quinze jours, ça se voit à peine, tout juste une vague lueur dorée quand les rayons du soleil couchant viennent frapper mes joues creusées par une vie de débauché noctambule. Alors, pourquoi ne pas me raser tous les quinze jours? me demandez vous, et je comprend votre interrogation. Et bien, pour une simple raison de confort : quand, en cours, je rentre mon menton dans le creux de mes bras dénudés en prenant cet air très pénétré qu'ont tous les étudiants en second cycle lorsqu'ils dessinent dans les marges où écrivent des obscénités au lieu d'écouter ce que dit leur très éstimé professeur, ça me picotte et ça me donne des rougeurs.

Car j'ai la peau très sensible voyez vous, et je dois souvent m'enduire de toutes sortes de crèmes hydratantes que je pique à ma soeur quand vient la nuit. Si je ne prenais pas soin de ma peau ainsi, et bien par exemple, en hiver, cette dernière se dessèche, se craquèle et s'éffrite, parfois ça saigne un peu, surtout au niveau des mains. Tout le monde me dit que c'est dégueulasse. Moi je dis que c'est mon corps qui se prépare à sa peau de printemps. Celle qui est pleine de jolis boutons.

Mon dieu... Je suis un eternel adolescent

Par Kolia
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Vendredi 17 juin 2005
Mardi 7 juin au soir, aux alentours de 22h00, je commence à savourer ma journée en lisant la bd que je me suis acheté après une journée de travail bien pénible. Quand j'y pense, c'est assez surprenant que j'arrive encore à aimer les bandes dessinées sachant que je passe mes journées de travail à en manipuler et à renseigner des imbéciles sur la prochaine sortie de Naruto ou le prochain Trolls de Troy... Mais bon, c'est mardi soir, il est 22h00, je suis en train de lire ma dernière acquisition, j'ai même un tube de lait nestlé àa côté de moi, tout va bien.

Jusqu'à ce que mon téléphone portable sonne. Je regarde qui c'est grace à ce gadget très pratique qu'est l'affichage du nom et du numéro de la personne qui cherche à vous joindre, et je vois que c'est une amie de longue date, mais qui ne m'appelle pas souvent. Je me tate deux ou trois secondes avant de réponde : pour qu'elle m'appelle à cette heure ci, c'est que c'est important, et donc ça peut compromettre ma soirée, et je suis assez tenté de laisser le téléphone sonner et rappeler un peu plus tard, quand j'aurais fini de lire. Et puis finalement, je décroche.
"Ouais allo?
Je dis toujours "ouais allo". La voix qui me répond est toute mouillée de larmes.
-C'est moi.
-Heu, ça va?
-Je me suis séparé de..."
Et elle pleure.

Quand j'arrive chez elle, il est dans les 22h30. On habite la même ville, mais à pied, ça fait une trotte mine de rien. Quand je sonne à son appartement et qu'elle vient m'ouvrir je chantonne. Mais je m'arrête aussitôt quand je la vois : elle a les yeux tous rouges et tous gonflés, et surtout elle est en pyjama (un gros pyjama épais et pas sexy du tout), ce qui veut dire que je vais être bon pour faire le chemin du retour à pied aussi, jamais elle ne me ramenera dans cette tenue. J'entre chez elle, je suis en train d'enlever ma veste, je me retourne vers elle en lui demandant ce qui s'est passé.
Et là elle fait une chose à laquelle je ne suis pas du tout habitué, elle se jette dans mes bras et pleure sur mon épaule, ce qui me fait me rendre compte qu'elle est plus petite que je le pensais. Ainsi donc ce genre de choses arrivent dans la vraie vie... Je me félicite intérieurement d'avoir mis du déodorant avant de partir. Elle pleure longtemps, sans rien dire, en me serrant très fort. Parfois elle ne se tient même plus debout, c'est moi qui la soutiens. J'essaie de jeter un oeil à la télé, mais c'est mardi soir, et c'est une émission à la con sur la 6. Alors je vous vois venir, là, avec vos gros sabots, et vous entend me faire la morale : "Oh, mais quel salaud, son amie pleure et lui il s'en fout, il regarde la télé!" Ce n'est pas vrai. Si je regarde la télé, c'est pour une toute autre raison. Mon amie qui pleure sur mon épaule est très jolie. Et quand elle me serre fort comme ça, je sens sa poitrine sur mon torse, la chaleur de son ventre contre la solitude du mien, ses bras fins autour de mon cou, ses gemissements, bref, tous les ingrédients sont réunis pour me donner une bonne vieille erection des familles, et je la sens poindre. Voilà pourquoi je regarde la télé : pour me détacher des évenements et être plus efficace dans la consolation.

Mais la télé ne marche pas. Alors je pense à quelque chose d'horrible, une chose à laquelle je n'avais pas pensé depuis des années, le genre de choses à laquelle on pense pour retarder le moment fatidique quand on fait l'amour à une femme. Dans mon cas, c'est ma prof de latin au collège. Une petite femme pas vieille du tout pour sa profession, peut être 25 ou 30 ans à l'époque, mais moche et pucelle, ça j'en suis à peu près sûr. Elle était toujours habillée comme une grand mère, avec une coupe de cheveux stricte, des dents jaunes et les ongles gris. Quand elle se déplaçait d'un bout à l'autre du tableau, elle suait beaucoup et s'essouflait au bout de quelques pas, car en plus elle était grosse.

Voilà à quoi je pense pendant que mon amie s'oublie complètement dans mes bras. Au bout d'un quart d'heure, elle me dit :
"Heureusement que t'es là toi..."
C'est ça le problême quand on est un célibataire de longue date : non seulement les gens vous voient comme un être asexué, mais en plus ILS SAVENT que vous n'avez pas de vie sociale.

Alors vous vous demandez, pourquoi s'est elle séparée de son homme? Bah, ses raisons ne sont pas plus ni moins valables qu'une autre. Y a des fois, ça doit se terminer, et ça rend quand même triste.



Mais comme l'a dit quelqu'un de très proche : les relations qui se font grace à internet, elles ne durent jamais plus d'un an. Il a raison. Cette fille avait rencontré son gars par internet, et ça faisait un peu plus d'un an qu'ils étaient ensembles.
Par Kolia
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Lundi 20 juin 2005
"Bla bla blabla bla bla bla coin coin."
Je n'écoute absolument rien de ce qu'elle dit. Je regarde les autres en coin et je prend l'air concerné moi aussi : apparemment c'est assez important. Je vais même jusqu'à hocher légèrement, mais de façon déterminée, la tête. En faisant ça, mes cheveux rebondissent de façon étrange sur mon front, je sais pas comment je me suis débrouillé ce matin avec mon agencement capilaire, mais pour faire court : c'est raté. Car en fait, sous mes dehors échevelés se cache un homme qui se fout de sa coupe de cheveux, mais ess...
"Ok Nicolas?
-heu, oui oui, ok!
-Non parce que je te vois tu ouvres tout grand tes yeux là...
-Non non ça va, pas de problème."
Autant pour mon air concerné et determiné. A chaque réunion elle me fait la même remarque sur mes yeux tout grand ouverts. Et à chaque réunion je n'écoute rien et je m'efforce de ne pas écarquillé les yeux comme un benêt. Je fais vraiment un piètre employé.
"Bon, je compte sur toi pour le dire aussi à Phillippe."
C'est le mec qui bosse avec moi dans mon rayon. Enfin, c'est plutôt moi qui bosse avec lui. Je serais parti d'ici bien avant lui, même si il n'arrete pas de dire qu'il épluche les petites annonces pour trouver un emploi ailleurs. Mon cul. Il se plait trop ici, ça attise sa haine et lui permet de rester créatif.
"Ouais ouais, pas de problème."
Avec moi y a jamais de problèmes. Y en aurait sûrement si je prenais à coeur ce que je fais, mais ce n'est pas le cas. Je crois que c'est pour ça qu'ils m'ont gardé et passé en CDI : je fais certes un piètre employé, mais ils savent qu'ils peuvent me demander n'importe quoi car je ne sais pas dire non.
Ce qui n'est pas facile. C'est même assez pénible de toujours dire oui, on se fait souvent pigeonner. Ca me rapelle une fois dans mon ancien boulot, il y avait un technicien de surface qui m'avait tenu la jambe et pris la tête pendant un temps extrêmement long (le temps est une unité de mesure étirable : quand un homme vous drague, une minute dure une heure, quand un homme fait l'amour à une femme, une minute dure une heure aussi, mais seulement pour l'homme) et qui a fini par me demander mon numéro de téléphone, et bien évidemment je lui a idonné comme une andouille. QUELLE ERREUR. Ce pervers m'appelait au moins trois fois par jours, ils me laissait des sms par centaines, il passait au boulot et me proposait tout un tas de choses indécentes, comme des tours en voiture, rien que lui et moi! Heureusement que mes parents m'ont appris les bonnes manieres en ville et m'ont répété maintes fois de ne pas monter dans la voiture d'un prolétaire qui porte des t-shirt Johnny Halliday parce que je ne sais pas ce qui aurait pu se passer. Bref, exaspéré par tant d'avances et échaudé par la présence de jolies filles à mes côté à qui je voulais prouver que j'en avais dans le pantalon, je finis par lui proposer assez crument d'aller niquer son père. Quelques mois plus tard, un appel du commissariat d'Evry me dérangeait dans monb quotidien pour me poser des questions sur l'homme en question : une plainte pour harcelement sexuel avec attouchements avait été déposée contre lui et comme mon numéro revenait souvent dans ses factures téléphoniques détaillées, on voulait savoir mes relations avec l'accusé. Autant vous dire que j'ai fait dans mon froc.
"Bon, merci de votre attention et je compte sur vous. Vous pouvez y aller."
Ah, ça veut dire que la réunion est terminée. Bon, il va falloir que je trouve une excuse pour demander à quelqu'un de faire un résumé à Phillippe parce que moi j'en serais pas capable.
Par Kolia
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Samedi 25 juin 2005

Et bien voilà, ça devait arriver, j'avais beau marcher à reculons ces derniers jours, ça n'a pas ralenti la marche du temps, et le 25 juin est arrivé tout guilleret cette année, alors que j'avais même pas envie de le voir.

Aujourd'hui, j'ai 23 ans.

23 ans. On est proche de 25, nettement plus proche de 25, en fait 25 n'a jamais été aussi proche. C'est ça qui rend le 23ème anniversaire si terrible, fini de rigoler maintenant, on rentre dans notre quart de siècle, faut arreter les conneries et penser à se poser sérieusement là maintenant. Avoir un vrai job. Trouver une fille et l'épouser. Avoir un voiture, un diesel de préférence, un break tiens, pour les enfants. Un chien aussi. Est-ce que j'ai mis assez d'argent de côté?

Eurk.

Comme je ne suis pas prêt pour répondre à ces questions que mes parents me posent, je vais plutôt faire le bilan de ce que j'ai fait depuis mon anniversaire précédent. Ca va être rapide.

En fait, heureusement que j'ai fait ce blog y une douzaine de jours parce que sinon, ouh ouh, y aurait pas grand chose. Alors on va commencer par les filles, parce que ce sont elles qui régissent notre petit monde, quoiqu'on puisse en penser. Fat Bottomed girls, you make the rockin' world goes round, comme chante Sonia Dubois dans une reprise très personnelle du hit de Queen lors des réunions Weight Watchers (après quoi elle s'empresse de rajouter un couplet de sa composition, poing levé et oeil hargneux comme une communiste en période de référendum : "mais c'est avec des petits culs que nous trompent nos maris!")

Et bien pas grand chose de nouveau, rien en fait, même si on note une nette amélioration : je me suis pris trois rateaux cette année, ce qui est mieux que l'année dernière où je ne m'en suis pris aucun parce que je suis resté secrètement amoureux de la même personne pendant un an (ah ah, quel con quand j'y pense...) On remarque donc ici une volonté de trouver l'âme soeur qui me fait prendre des initiatives auprès de la gente féminine, et ça c'est plutôt bien non?

Par contre je suis devenu le meilleur copain de plusieurs nanas, et ça c'est pas terrible, parce que je ne sais plus trop où donner de la tête moi maintenant, surtout qu'à la base je voulais sortir avec.

J'ai quitté un job chiant dans lequel j'excellais pour un encore plus chiant dans lequel je ne me débrouille pas trop mal, alors que l'intérêt que je lui porte est tout relatif, surtout en cette saison où tout ce dont à quoi je pense est "filles", "maillot de bain", et "filles en maillot de bain."

J'ai amélioré ma collection de dvd en achetant plus de classiques et moins de nouveautés, et je me suis pris pas mal de bons cd aussi, je suis assez content de moi à ce niveau.

J'ai voyagé un peu, je suis allé en Suède quelques jours. Mais je n'y remettrais jamais les pieds. Coment c'était? Un peu de géographie pour vous répondre si vous le voulez bien. La Suède est un pays asseptisé dans lequel vous vous sentez observé en permanence (oh, je dois faire de la paranoïa à cause des caméras qui surplombent chaque coin de rue...) et où les habitants tuent le temps en buvant leur propre gnôle, ce qui les réchauffe aussi un peu au passage, parce qu'on se les caille bien comme il faut. Et ce qu'on dit sur les suédois et les suédoises est vrai : ils sont très beaux. Du moins de visage. A chaque fois qu'on voyait un moche, c'était un étudiant français. Mais ils font un peu peur : ils sont tous blonds et habillés bizarrement (à la dernière mode), si bien que l'on se croirait dans Le Village des Damnés, mais à l'échelle nationale.

Des liens se sont créés, d'autres resserrés, et d'autres encore relachés, sans raisons particulières...

 

Et puis voilà. Quant à savoir ou essayer d'imaginer ce qui va se passer durant cette année qui s'ouvre à moi, je n'en ai pas la moindre idée et je ne veux rien savoir, mais je sais que la concretisation de certaines choses me fait flipper comme une pucelle à sa première surboum.

 

 

Aidez-moi, quelqu'un...

Par Kolia
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Dimanche 26 juin 2005

Une cigarette offre un détachement et un air inspiré face à certains évenements que vous n'obtiendrez jamais avec un stylo à bille par exemple. C'est tout con, mais quelqu'un vous raconte ses soucis, ou n'importe quoi en fait de pas très intéressant, vous en grillez une, et tout de suite vous avez l'air vachement pensif, complètement fasciné par ce que vous dit votre interlocuteur. Ou inversement, vous sentez que la conversation s'enlise et n'avance plus, hop! vous en allumez une autre, et ça relance l'échange. C'est ça le pouvoir magique des cigarettes.

Mais seulement voilà : je ne fume pas.

Je ne m'accorde que de temps en temps ce petit plaisir coupable avec une jeune demoiselle de mon accointance, ou ma soeur, histoire de me donner l'illusion que pour ces quelques instants, ces quelques courtes minutes parties en fumée, je suis cool. Je crois que c'est Hawksley Worksman qui l'a dit dans une e ses chansons : I'm jealous of your cigarette, and all the pleasure you get from it, ou quelque chose dans le genre, et même si on pue de la gueule et que nos doigt sentent la merde quand on vient de fumer, et bien je crois que je le comprend.

Et parfois encore, je pique du tabac à rouler et des feuilles à ma soeur, toujours elle, et je m'entraine tout seul à rouler des cigarettes, parce que ça aussi c'est la classe. Comme le dit un ami très cher qui ne fume pas : "si t'arrives à rouler une cigarette, tu peux rouler ce que tu veux." Une phrase formidable dans laquelle on peut aisément remplacer certains éléments et l'adapter à votre sauce, comme : "si t'arrives à emballer un cadeau, tu peux emballer ce que tu veux." Vous pourrez la ressortir à Noël celle là. J'arrive de temps en temps à faire des trucs qui ressemblent à une cigarette roulée, mais la plupart du temps c'est assez foireux. C'est ce que j'ai voulu faire l'autre soir. J'étais seul chez moi, torse nu, appuyé sur ma fenêtre Velux, perdu dans mes pensées. L'air ne circulait plus, le temps ne passait pas, tout semblait figé dans cette insupportable chaleur. Des éclairs zébraient le ciel de loin en loin et un roulement de tonnerre se faisait entendre, mais là où je me tenais, rien d'autre qu'une vague pluie fine qui s'évaporait avant même de toucher mon toit. La face D du vynile de Genetic World, l'album de Telepopmusic, tournait silencieusement sur ma platine.

Breathe.

Stop Breathing.

Breathe.

Stop Breathing.

Je venais laborieusement de me rouler une cigarette, elle pendait au coin de ma bouche, et j'attendais patiemment que l'orage éclate, la sueur coulant sur mon visage et le long de mon dos. J'étais faiblement éclairé par la lueur de ma télé qui ne captait rien d'autre que de la neige, entrecoupée de temps en temps par une image fugitive que je ne comprenais pas.

L'album touchait à sa fin, une odeur indéfinissable qui doit être l'ozone emplissait progressivement l'espace, le diamant de la platine se relèverait dans une poignée de secondes : This is the best we can do and this is more than enough for this job.

Ce soir là, dans ma chambre, plus que l'ennui et la solitude, c'est l'attente qui prédominait.

Par Kolia
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Vendredi 1 juillet 2005

Demain une petite surboum est organisée pour mon anniversaire, youpi, et je discutais de ce qu'on pourrait faire comme soirée pour marquer le coup avec une de mes meilleures amies.

"Oh, on pourrait faire un truc à thème! Pour mon anniversaire on avait tous des chapeaux, c'était sympa!

-Ah ouais, bonne idée! C'est vrai que c'était sympa les chapeaux."

J'aime beaucoup les chapeaux, mais eux ne m'aiment pas. Ceci dit ma soeur m'a ramené du Texas un chapeau de cowboy terrible, un peu comme celui de J.R, et celui là me va assez bien.

"Quel genre de thème?

-Sans culottes. Tout le monde le cul à l'air.

-Mais c'est crade!

-Oui, surtout si on fait un buffet pour manger, j'ai pas envie de retrouver des poils de cul sur ma tranche de roast-beaf, t'as raison."

On a fini par se décider sur une soirée Hawaïenne. Enfin, je dis "on", mais c'est plutôt elle qui a décidé ça : toutes mes bonnes idées étaient rejetées. Et encore, quand elle a dit hawaïenne j'étais tout emballé parce que je voyais déjà toutes ces filles invitées avec un paréo sur les fesses et des noix de coco sur les nichons, mais en fait pas du tout, ce sera fleurs dans les cheveux et monoï sur la peau.

Néanmoins, comme je suis quelqu'un de profondément optimiste dans le fond, je me prépare à mort pour cette soirée. J'aime beaucoup les soirées à thème, c'est rigolo. Et là il y aura plein de filles, si je la joue fine en buvant assez mais pas trop, et que ces demoiselles en font autant, je peux draguer comme un malade et mettre ça sur le dos de l'alcool si je me prend un rateau, ah ah! bien joué! Alors je me suis acheté des haltères et je suis un cours de musculation intensif, histoire me muscler un peu avant la date fatidique. Et comme il se peut que certaines restent dormir chez moi, je me suis lancé avec passion dans la lecture de L'Art de faire l'amour à une femme de Linda Lou Paget, histoire de me rappeler comment marche une femme.

Tout le monde se moque de moi quand je dis que j'ai acheté ce livre (je me rappelle, quand je l'ai pris, je l'avais caché entre deux bons livres et j'étais allé à une caisse tenue par un homo), mais tout le monde veut me l'emprunter pour rigoler un peu, voir ce qu'on dit dedans, ah ah, juste comme ça, oh oh, pour se marrer un coup, innocemment, hé hé. Mais vous pouvez courir pour que je vous le prête. C'est mon livre, c'est moi qui me suis tapé la honte pour l'acheter, c'est moi qui profite de son savoir, de sa sagesse, de ses secrets qui mèneront l'élue de mon coeur au septième ciel.

En théorie.

Par Kolia
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Dimanche 3 juillet 2005

Donc hier c'était ma petite sauterie en mon honneur, et j'ai été très gaté. Tellement que c'en était embarrassant. C'était très émouvant, et je remercie vraiment beaucoup tous ceux qui y étaient, en particulier certains qui se reconnaitront.

Voilà voilà.

C'est tout ce dont je parlerais pour aujourd'hui. Il faut que je me remette de toutes ces émotions maintenant.

Et que je dorme un peu.

 

 

 

 

Ouh, il va falloir que je sois un ami à la hauteur moi après tout ça. Va falloir assurer.

Par Kolia
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Dimanche 10 juillet 2005

Pendant trois ans, j'ai travaillé les dimanches. Les samedis, et les dimanches. Ce qui ne me dérangeait pas, car je n'ai jamais aimé le jour du Seigneur (oh, attention, ce n'est pas à cause de Lui que je n'aime pas le dernier jour de la semaine), pour des raisons assez simples en fait : les parents qui trainent dans mes pattes, rien d'ouvert, rien à faire, des barbecues avec des voisins, ou pire! la famille...

Et puis est arrivé le jour maudit, ou bénit, ça dépend de mon humeur, où j'ai changé d'emploi et d'horaires, et d'un coup d'un seul le dimanche je n'avais plus rien à faire, ce qui m'a bien embété au début, je ne vous le cache pas. Que faire maintenant? Glander? Je le fais déjà toute la semaine! Regarder des films chouettes? Je le fais toutes les nuits! Me tripoter? Pas le ce jour là voyons, Il pourrait être offensé. Alors que faire?

Ce problème se résolut tout seul en fait, et assez rapidement : les samedis furent la solution. Maintenant, quand je sors le samedi, ce qui arrive au moins une fois par mois, hé hé, JUNGLE BOOGIE, woo woo, JUNGLE BOOGIE, quand je sors le samedi et que je ne vais pas en boite parce que je n'aime pas ça, et bien je reste plus longtemps qu'avant vu que je n'ai pas à me soucier des responsabilités du lendemain.

Du coup, le dimanche, c'est grasse mat'.

Je me lève tard, et j'apprend à savourer les plaisirs simples de la vie, comme trainer en dessous, dresser ma tortue, Gaméra, qui un jour deviendra grande et détruira des villes entières et même que Super Inframan ne pourra rien contre elle, lire au soleil (mais il ne faut pas qu'il y ait trop de luminosité sinon les reverberations sur les pages m'aveuglent et m'empèchent de savourer pleinement la bédé le roman que je déguste), boire des mojitos, ou glander dans des parcs et aller au cinéma si je veux vraiment sortir.

Aujourd'hui c'est ce que j'ai fait, et en plus le film était très bon, alors autant vous dire que j'ai passé une bonne journée, dans la droite lignée de la soirée d'hier, toute aussi excellente.

Par Kolia
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Lundi 11 juillet 2005

J'ai une soeur, de quatre ans ma cadette, qui est très chouette et bordélique et avec qui je passe beaucoup de temps. Comme elle est sympa, elle se sent très concernée par mon célibat et ma coupe de cheveux (je ne suis pas sûr mais je crois que les deux sont liés) et me conseille souvent pour cette dernière :

"Je veux changer de salon de coiffure. Ma coiffeuse est canon, mais c'est de pire en pire ce qu'elle me fait.

-Va chez Cheap, ils prennent sans rendez-vous, c'est pas cher, et en plus ils coupent bien."

Quelques temps après, fatigué par la longueur excessivement ringarde de mes cheveux, je décide d'aller chez Cheap (on m'avait expliqué où était le salon, c'était plus proche que mon ancien). J'arrive devant, et déjà je trouve qu'il y a quelque chose de louche (j'ai un flair pour ce genre de situations, et il ne me trompe jamais) : il y a en fait DEUX salons de coiffures, un pour les femmes, et l'autre pour les hommes. En plus, je n'arrive pas à reconnaitre le nom, il y a bien deux "C" enchevétrés, mais je n'arrive pas à y lire "Cheap". Néanmoins, je rentre dans la section homme, et mon pied touche à peine le sol que je sais que je suis foutu, que je ne peux plus faire demi-tour. C'est un coiffeur pour homme avec des hommes.

Comme la plupart des hommes hétérosexuels, je deteste me faire tripoter le cuir chevelu par un autre homme. Je n'aime pas sentir leurs doigts boudinés et rugueux, et surtout je ne supporte pas leur souffle court sur ma nuque.

Et je peux vous dire que celui qui m'a coupé les cheveux était un sacré phénomène. Ventripotent, mal rasé, bouclé et moustachu, il arborait avec fierté une chemise hawaïenne et déblatérait des conneries sans fin sur le temps qui passe et le coût de la vie. En fait, c'est Carlos qui m'a coiffé ce jour là. a chaque instant, entre chaque coup de ciseaux, je m'attendais à ce qu'il entame un des vieux refrains : "Moi je préfère la cantine-heu, pour les copains et les copines-heu."

Il 'a torché ça vite fait mal fait, et je suis parti après avoir payé mes 17 euros. En rentrant je râle après ma soeur :

"Dis donc c'est tout pourri Cheap, je me suis fait coiffé par un mec et c'était le même prix que l'autre!

 

 

 

-Ah bon?

-En fait tu t'en fous."

***

Beaucoup plus tard, une urgence canine nous pousse à aller voir le vétérinaire en plein milieu de la journée, alors que nous avions prévu de ne rien faire. Le salon de coiffure est sur le chemin.

"Tiens regarde le, c'est ce gros qui m'a touché la tête!

-Mais t'es con comme mec, Cheap c'est pas là, c'est à côté. Je me disais bien ausi, y a pas de mecs chez Cheap."

Et effectivement, Cheap, qui s'appelle en réalité Tchip, était COLLE au salon de Carlos.

***

Encore plus tard, sur un coup de tête, je décide de retourner chez le coiffeur, mais cette fois, je vais chez Tchip, le seul, le vrai. J'entre, c'est sans rendez-vous, la coiffeuse mignonne me dit de patienter, alors je m'assois et je mate l'autre coiffeuse, qui est très moche mais qui a une cliente super jolie. Avec ma chance, je suis persuadé que c'est la moche qui va me couper les cheveux, mais au moins c'est une femme.

"C'est au jeune homme là."

Il y en avait une autre que je n'avais pas vu.

Je me retourne pour voir qui va me couper ma crinière de lion fougueux pour m'apercevoir que quoi? Que c'est un homme bien sûr, ah ah!

Un homme, d'une quarantaine d'années, et à voir sa tête, lui non plus n'aime pas tripoter des cranes masculins. Et il me l'a fait payer d'être un homme, ça oui. Il ma tiré les cheveux, cogné la tête contre le lavabo, plié les oreilles et peigné la nuque (quand il m'a montré comment c'était derrière avec son miroir tout moche, c'était tout rouge et douloureux.)

J'ai payé 16 euros pour ça. Pour me faire tripoter le scalp par un bonhomme. Un euro de moins que d'habitude. Parce que j'ai suivi les bons conseils de ma soeur.

Et vous savez quel est le pire? C'est le meilleur agencement capillaire que j'ai reçu depuis des années.

Par Kolia
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Vendredi 15 juillet 2005

J'ai envie de me faire tatouer. Ca fait un moment maintenant que j'aimerais en avoir un, mais je ne suis pas complêtement sûr de mon coup car j'ai peur de céder à une mode plutôt qu'à un véritable désir : de nous jours, si on veut affirmer son individualité et son originalité, il faut se faire un tatouage. Un tatouage tribal de préférence, ça fait plus roots. Avant c'était des idéogrammes chinois et japonais, mais les gens ont du finir par se dire qu'ils ne comprenaient rien à cette langue et que finalement il y avait peut être écrit "connard" sur leur épaule.

Mais moi je ne veux pas un petit tatouage de chochotte sur l'épaule. Si je me fais faire un truc indélibile, autant que ce soit quelque chose de gros et de beau. Je veux un tatouage de yakusa, comme dans les films de Kitano : une orchidée sur chaque épaule, une geisha qui joue de la mandoline adossée à une cerisier en fleur et le mont Fuji en arrière plan. Je suis comme ça moi, je ne fais pas dans la demi-mesure, je suis un homme de l'extrême.

En plus je n'ai pas une tête à me faire tatouer, je n'ai ni le look ni l'attitude, ce qui fera une sorte de contraste qui à coup sûr fera frémir les femmes, elles se diront que sous mes airs de gentil garçon cucul-gnangnan se cache un véritable bad boy.

Alors, pourquoi je ne fais rien? Pourquoi je ne saute pas le pas? J'ai l'air tout à fait prêt à le faire quand on me lit, toutes mes raisons sont valables. Je veux dire, il y a des gens qui se sont fait tatouer pour moins que ça.

Et bien, pour deux raisons. La première, c'est que je ne suis pas sûr de pouvoir faire confiance à un inconnu au point de lui confier mon dos pour y dessiner un truc que j'aurais toute ma vie. La deuxième, c'est que mon dos est constellé de grains de beauté. C'est comme si un guignol avait pris une brosse à dent, l'aurait trempée dans de la peinture et aurait frotté son pouce dessus pour moucheter mon dos de petites chiures colorées. Si je fais un dessin par-dessus ça, il y a de fortes chances pour que ça fasse moche et que je développe un cancer de la peau avant l'âge.

Ce que je peux faire, c'est relier chaque tache avec un trait et peut être que le résultat final donnera un joli dessin, mais rien n'est moins sûr.

Par Kolia
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